Hommage à mon Grand Père

Hommage en prose

Mon grand-père, René LERMINIAUX, est né en 1906 à Morlanwelz (Belgique). Il fuit avec ses parents l'invasion allemande et sa famille s'installe en France. Il sera naturalisé français dans les années 30, peu avant la seconde guerre mondiale. Il fera nombre de petits boulots, avant de s'associer et fonder sa société de quincaillerie et de marchand de bois à Paris.

Il racontera souvent que dans la vie, il a eu beaucoup de chance, notamment dans les bonnes rencontres qu'il a faites, à commencer par celle de ma grand-mère qui lui donnera deux enfants. Ils auront été marié plus de soixante ans et seule la mort de sa femme, après de longues souffrances et une maladie d'Elzheimer, impitoyable, les séparera. Avec courage, il l'aura accompagné jusqu'à son funeste destin.

Après son décès, sa vie ne lui donne guère de moments de joie, exception faite des visites que lui rendent ses enfants, ses petits-enfants et bientôt arrières-petits-enfants.

Il est décédé en janvier 2002 dans sa maison de Montesson, qu'il avait bâtie de ses mains. 

J'ai toujours connu mon grand-père très actif, ne supportant pas la vacuité et la perte de temps. A ses moments perdus, il aimait écrire, notamment des poèmes en vers, drôles et désuets. Tous racontaient des instants de vie. Il n'en reste que peu de trace. Je n'ai pour ma part sauvé qu'un des petits bouts de papier sur lesquels il écrivait. Derrière l'aspect dérisoire que beaucoup liront dans ces rimes, je vois moi, la solitude d'un vieil homme, l'ennui et un regard désabusé sur la vie.

Le voici retranscrit ci-dessous.

Hommage en rime

Mon grand père, René Lerminiaux, nait en Belgique

Qu’il fuit à cause de l’invasion germanique.

Sa famille s’installe en France, il y fait sa vie.

Le moins que l’on puisse dire est qu’elle fut bien remplie.

 

Il aimait à dire qu’il avait eu de la chance !

Ainsi, de belles rencontres en opportunités,

Il créa sa société, fonda un foyer.

Il connut toutes les joies et peines de l’existence.

 

A la retraite, quand il n’est pas à son jardin,

Il s’amuse à composer des alexandrins

Il sont en vers, drôles, désuets, et parfois tristes

Peut être secrètement rêvait-il d’une vie d’artiste ?

Aujourd’hui, quatorze ans après qu’il nous a quittés

Je lui rends hommage pour tout ce qu’il m’a donné.

 

Img 7552

Le vieux mariage

C8adefc1 90f2 4a72 a294 5799c5517653

Ils se sont rencontrés très jeunes et innocents

De suite, ils se sont plus, désirés et aimés.

Refuser le bonheur à ces adolescents

Aurait été cruel. On les a fiancés.

Mariés presqu'aussitôt, les voici en ménage

Et tout ce qui survient semble les rendre heureux,

Leur bonheur éclatant charme leur entourage?

Et leur tendre affection fait le plaisir des yeux.

L'amour porte ses fruits et bientôt un bébé

Vient confirmer l'union de ces jeunes parents.

Jamais un nourrisson ne fut autant choyé

Et devint la raison de s'aimer plus fort qu'avant.

Quand vingt ans ont passé sur ces heureux moments,

L'habitude ayant pris des allures de routine

Pourquoi faut-il alors que ces bons sentiments

Puissent s'user ainsi que vieilles bottines ?

On peut avoir un jour l'envie de voir ailleurs

Dans un autre chaudron si la soupe est meilleure

Présentée dans un plat de couleur différente

Accompagné de sauce plus odoriférente.

On peut croire un moment que dans d'autres décors,

La vie sera plus belle et remplie d'agréments

Que les ennuis passéss'en iront sans efforts

Dans de nouveaux atours, loin des vieux vêtements.

Malgré l'attrait lointain d'un peu de différence, 

On s'aperçoit bientôt, que ce qui s'est passé

Tout au long d'une vie marque des attirances

Que tous les faux espoirs ne peuvent remplacer.

D'ailleurs, comment pourrait-on changer une vie

Où tout votre entourage vous a bien estimé,

Contre des faux semblants de bonheur renouvelé,

Mais upportant l'opprobre de toute la famille ?

 

Le cristal est fragile, ménageons la vaisselle,

De crainte que plus tard, ne reste qu'une écuelle !

Quel ennui ...

Img 7555

Cinq heures. Je m'éveille. Il fait encore nuit noire.

Je suis seul dans mon lit, alors je réfléchis.

Quelle sera ma journée à vivre jusqu'au soir,

Et par quelles actions tromperai-je l'ennui ?

Sept heures. Allons, debout ! Le petit déjeuner

Me prendra bien une heure, en le faisant trainer.

Il sera alors temps de faire la vaisselle,

Avant que mon bon chien réclame sa gamelle.

Le soleil, déjà haut, distribue sa chaleur.

Avant qu'il soit trop chaud, il faut penser aux fleurs

Qui ont vraiment besoin d'un bon coup d'arrosage,

Si l'on veut de Phébus, éviter les outrages.

Après tous ces travaux, il est déjà dix heures !

Il me faut maintenant passer l'aspirateur, 

Armé de "l'O Cédar", enlever les poussières,

Donner à la cuisine un coup de serpillère.

Dans ma chambre, je vais retourner le matelas,

Secouer le tapis et aérer les draps.

Retaper l'oreiller, reconstituer ma couche,

Me rafraichir un peu dans la salle de bain,

Me mouiller le visage et me laver les mains,

Me brosser les cheveux et me rincer la bouche.

Voici en quelques traits de mon emploi du temps,

Ce que j'ai pu trouver d eplus intéressant.

Il est déjà onze heures et n'ai plus qu'à penser,

Ce que je pourrai bien faire pour déjeuner.

Ayant peu d'appétit, très peu me suffira

Encore faut-il choisir entre ceci ou ça !

Tomate à la vinaigrette ou bien saucisson

Un peu de rillettes ou encore miettes de thon ?

Un beefteak surgelé ou des oeufs sur le plat

ou encore une omelette, garnie de lard gras ?

Dure est la décision ; mais tout bien réfléchi,

Je me contenterai d'un peu de raviolis...

Voila, en résumé, de quoi est fait mon temps :

De pas mal de soucis, de très peu d'agréments,

C'est là le résultat d'une très longue vie,

Où l'on avait tout fait pour qu'elle soit bien remplie.

Dieu devrait bien pourtant, comme compensation

Donner des jours heureux à tous ses descendants.

Mais il a d'autres soucis. Sans rime ni raison,

Il ne leur distribue... que des emmerdements !